Ma guerre

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Bienvenue à la B.A. 114 d'Aix-les-Milles.

Bob Tazar a vécu l'époque héroïque et bénie non pas des colonies mais du service militaire, dans des temps pas si lointains (1988) où nos casernes résonnaient encore de chants patriotiques à boire entonnés par de jeunes et fiers conscrits. Il a voulu faire partager son expérience aux jeunes générations qui n’ont pas eu et n’auront pas sa chance.
C’est ce témoignage nostalgique sur une époque glorieuse maintenant révolue qu’il nous livre ici, sous forme d'un extrait de son roman diffusé sur ce blog (la version complète et définitive de "Ma Guerre" étant réservée à l'édition papier, dès qu'un éditeur aura contacté l'auteur...).

Attention ! Comme dans tous les blogs, le premier article visible est le dernier publié. Il faudra donc commencer par la fin pour avoir le début. Que les handicapés du cortex et les militaires de carrière veuillent bien m'en excuser.

Une dernière chose: L'inscription à la Newsletter (avec option "Nouvel article") est bien sûr facultative, mais fortement recommandée. Corvée de chiottes pour tous ceux qui s'en dispenserait...

Chapitre 2


Personne n’ayant jamais entendu parler dudit caporal-chef Littré, cette nouvelle nous laisse sans voix, au grand dam de son auteur qui commence à s’emballer :
  - Z’êtes à l’armée, bande d’bleus bites. Et l’armée, c’est l’respect ! L’respect que vous me devez, à moi et à tous les officiers, gradés ou pas. Et le gradé, bande d’espèces, on l’reconnaît à ça !
  Il tapote à l’aide de deux doigts boudinés son épaule gauche, voulant sans doute par ce geste attirer notre attention sur les ridicules petits bouts de tissus qui y sont brodés. Ce faisant, il laisse échapper quelques légitimes bouffées de fierté, comme autant de minuscules et précoces éjaculations.
  - Chaque gradé à sa propre insigne, preuve de son comportement méritatif. V’devrez l’saluer chaque fois que vous le croiserez en face, …comme ça-ce !
  Et ne voilà t-y pas qu’il nous claque le salut réglementaire 14 bis, menton haut et fier, doigts tendus à s’en crever l’œil, pouce replié.
  - Des quouestionnesss ? s’informe Littré en anglais, langue qu’il semble maîtriser couramment, en tous cas pas plus mal que le français. Non ? Z’avez tort. Mais v’z’aurez toutes les crasses, j’veuille dire les classes pour apprendre les condiments d’la vie militaire. A la suite de ce dont, seuls les meilleurs deviendront gradés. Quant aux autres, ils continureront à pourrir dans sa nullité. Compris ?
  Visiblement, à ce stade de l’exposé, le caporal-chef Littré attend une réponse, qui tarde cependant à venir. Pour bien montrer son agacement, le voilà qui se gratte l’oreille droite, de plus en plus fort, tel un épagneul breton attaqué par un régiment de puces communistes.
  - C’est compris ? réitère-t-il.
  - Heu, oui, fait une petite voix.
  - Oui qui ?
  - Heu, oui, chef…
  - J’suis pas chef, mais caporal-chef !
  - Oui, caporal-chef.
  - On dit pas caporal-chef, mais caporal, même si j’suis chef !
  - Oui, caporal…
  - Mon caporal !
  - Oui, mon caporal.
  - J’entends rien !
  - Oui, mon caporal, reprennent en cœur l’ensemble de mes camarades de chambrée.
  - J’entends rien, bordel à queue  !
  - OUI, MON CAPORAL ! se mettent-ils à hurler, dans un bel élan communicatif.
  - Voilà qui est mieux. V’z’êtes pas des gonzesses, merdre ! A partir de tout de suite, z’allez m’foutre votre petite voix de pedzouille aux chiottes, et m’répondre comme de vrais couillus ! Vu ?
  - OUI, MON CA-PO-RAL !
  - Et tenez-vous droit, putain d’mes os ! L’respect, c’est écouter son supérieur hiératique au garde à vous ! Comme ça !
  Instantanément, et comme par magie, un balai invisible s’introduit dans son fondement, faisant se dresser fièrement sa carcasse altière vers les cieux, dans un claquement simultané de rangers et de mains sur les cuisses. La gestuelle est magnifique, nous sommes sous le charme.
  - Vu ?
  Nous acquiesçons du regard.
  - Vu ?
  - OUI, MON CA-PO-RAL !
  Visiblement enfin satisfait, le Littré, en sueur, reprend son souffle, neutralise d’un doigt expert un mince filet de bave qui commençait à perler lentement à la commissure de ses lèvres et se tourne vers son compagnon, jusque là resté pudiquement en retrait.
  - Je vous présente l’aspirant Boursin, votre chef de section.


Mardi 2 janvier 2007

Par Bob Tazar - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire

Le sus-cité s’avance à son tour, pouces dans la ceinture et mains au paquet, avec une lueur dans l’œil gauche qui le ferait presque passer pour l’intello de service.
Il commence à nous expliquer d’une voix posée comme quoi l’aspirant, dans la hiérarchie de la maison, se trouve au dessus du caporal et du caporal-chef, mais avant le lieutenant qu’il aspire à être, d’où son nom, à l’inverse du sergent qui se trouve précisément entre les deux et qu’il sera le chef de notre section, la 2, chef à qui nous devons le respect, gradé ou pas, comme au caporal-chef, d’ailleurs, caporal-chef que nous devons appeler mon caporal s’il se trouve accompagné d’un gradé supérieur, tel un aspirant, mais chef tout court s’il est seul ou accompagné d’un simple caporal.
Je ne suis pas sûr de tout bien assimiler, mais comme je m’en fous, ça n’a que peu d’importance.
Parmi ce flot d’informations décousues, je crois juste comprendre qu’il ne faut dire ni « mon sergent » ni « lieutenant », mais « sergent » et « mon lieutenant », et ce même si on a plutôt un faible pour son sergent. Mais je peux me tromper.
Que les militaires de service et les tatillons de carrière évitent donc de m’écrire pour me signaler d’hypothétiques incorrections, je ne leur répondrai de toutes façons pas.
Vendredi 5 janvier 2007

Par Bob Tazar - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire


L’aspirant chef Boursin nous informe alors qu’une inspection des chambrées, « l’appel », se déroule tous les soirs, entre 20h30 et 22h, heure de l’extinction obligatoire des feux. Cet appel est destiné à s’assurer principalement que la chambre est convenablement rangée, que le ménage et les lits sont faits selon les règles en vigueur au dessus du 22° parallèle, et qu’aucun aviateur ne s’est fait la malle pour se faire réconforter le missile à tête chercheuse chez madame Lulu, 13 rue du cours Julien, 13200 Marseille (CB acceptée à partir de cinq cents francs).

Un chef de chambre devra, de plus, présenter la chambrée selon un rituel très pointu, comme suit :

- Aviateur X, chef de la chambre 210, 1ère compagnie, 2ième section, nombre d’aviateurs au total, nombre d’aviateurs présents, nombre d’aviateurs absents, à vos ordre…

A ce stade de la présentation, c’est le grade de l’officier présent le plus élevé dans la hiérarchie qui doit être annoncé.

 

L’aspirant nous distribue alors à chacun un superbe fascicule en papier glacé au format demi-A4 (payé avec les impôts de nos parents), superbement intitulé « Règlement de discipline générale dans les armées », en mettant spécialement l’accent et son gros doigt boudiné sur la page 24, celle contenant tous les grades en vigueur dans l’armée de l’air accompagnés de leur photo couleur.

- Y faudra m’apprendre ça par cœur pour ce soir, pour la première inspection des chambrées.

Le ton est doucereux, ce qui ne laisse rien présager de bon. Sur ces mots, les deux olibrius décident de quitter la pièce, non sans avoir réclamé le garde à vous d’au revoir dû à leur rang.

- GÂÂÂRD’…VOUS !

Ça claque dans un bel ensemble. Ils se retirent satisfaits, une petite tâche à l’entrejambe.
Samedi 6 janvier 2007

Par Bob Tazar - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
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