Rappel de l'épisode précédent:
Bambois, après ce coup d’éclat, nous annonce que nous allons passer aux choses sérieuses, ce qui ne manque pas de me laisser
songeur.
Il nous informe que le dernier jour de nos classes, le vendredi 4 novembre, sera consacré à
une grande manifestation dans la caserne, cérémonie à laquelle seront conviées toutes les huiles galonnées de la région*. Au programme : prises d’armes,
honneurs militaires, cérémonie des couleurs et surtout, surtout, un grand défilé de toute la 88/10 sur la place centrale de la caserne (la place immense où nous avons effectué quelques
garde-à-vous toniques, ce matin, et où nous avons procédé à l’examen des tenues, il y a quelques instants). Ce défilé devra être somptueux, grandiose et surtout par-fait. Bambois s’attarde
longuement sur ce dernier qualificatif, en nous fixant longuement à tour de rôle. Le message est clair, la menace sous-jacente.
- Faudra être fier d’être de la 114 !
Ce petit raout marquera tout à la fois la fin de nos classes, notre aptitude nouvelle à défendre la patrie
et notre allégeance au capitaine de la base qui assistera aux réjouissances avec attention, intérêt et la paluche dans le slip. Ayant un peu moins de cinq semaines devant nous pour préparer ce
grand moment de communion et de partage, nous allons donc commencer l’entraînement dès maintenant. Dans la joie et la bonne humeur !
A l’appel de notre nom, nous venons nous ranger devant le sergent Bambois, pour finir par former cinq
colonnes de dix aviateurs chacune. La formation de ces colonnes est définitive à partir de tout de suite, v’z’aurez intérêt à vous le souvenir et à pas vous tromper, nous explique doctement
Bambois. Il nous énonce ensuite, du ton que tu prends pour réciter le volume un du traité de physique thermo-nucléo-dynamique du professeur Prout en hébreu, la procédure à suivre pour prendre nos
marques, sans les rendre :
« La main droite touche du bout des doigts l’arrière de l’épaule droite de l’aviateur de devant, la
main gauche touche du bout des doigts le côté droit de l’épaule de l’aviateur de gauche. On appelle ça prendre les marques. Putain, bougez-vous l’ cul ou va y avoir du déscratchage dans
l’air ! »
Certains, confondant comme la première gonzesse venue leur droite avec leur gauche, se mélangent un peu les
pinceaux. D’autres, de nature inquiète, regardent fébrilement derrière eux, pour voir qui les touche. Il y a aussi ceux qui ne sont pas très adroits, voire très gauches. Quant à ceux qui sont sur
les extrémités, ils sont carrément perdus. Quant à moi, ayant perdu mon scratch lors de l’inspection des tenues, je ne risque plus grand chose. De plus, m’étant retrouvé placé par chance dans le
milieu de la meute, je suis moins exposé aux regards inquisiteurs du sergent. Cela me permet de laisser libre cours à mon tempérament facétieux et d’agiter indifféremment main ou bras
alternativement dans les deux sens, ce qui a pour effet (ou pour but ?) de perturber définitivement mes petits camarades qui n’avaient pour certains vraiment pas besoin de ça.
Au bout de quelques minutes de flottement, d’indécision et de coups de gueule de Bambois, l’alignement
souhaité est plus ou moins obtenu et nous pouvons commencer une série motivante de garde-à-vous. A la suite de quoi, nous entrons véritablement dans le vif du sujet.
* Pour ceux que ça intéresserait, il y a quatre régions aériennes en
France, Aix-les-Milles étant la quatrième. Voilà, c’est dit.
Les préparatifs du passage sous les drapeaux, une source d’inquiétude pour l’encadrement qui redouble de vigilance. La meute d’appelé perçoit ce trouble comme une continuité grotesque de leur classe. Le début de la fin mais qui présage à l’issue de la cérémonie de beaux moments. Bien sûr les « manœuvres à pieds » sont déplaisantes, mais c’est un mal nécessaire. Au fait vous avez voulu dire le « commandant de base » au lieu du « capitaine de base ». Les capitaines sont légions sur la base alors que le commandant de base il n’y a en qu’un : le colonel.
Salut Richard,
toujours fidèle au poste, avec des commentaires toujours aussi pointus quelques minutes seulement après la publication de ce nouveau chapitre. Bravo et merci !
Au sujet du grade du chef suprême, je te crois sur parole. Mais je n'avais pas remarqué qu'il y avait plusieurs pitaines sur la base...
Ils ont dû se planquer, comme le premier bidasse venu.
Quant aux beaux moments qui vont suivre la cérémonie de fin de classe, tu ne crois pas si bien dire ! Mais un peu de patience...
Quand je pense que j'ai loupé ce moment magique ! Apte après les trois jours, exempté après m'être vautré en voiture, je vais (enfin) pouvoir vivre le service (par procuration).
Je viens de lire tous les chapitres (et dans le bon ordre en plus, oui j'ai honte, je sais lire); très belle prose ! Vivement la suite !
Nico - même pas bidasse !
Ceci dit, il est fort possible qu'en découvrant tout ce que tu as raté, tu en viennes à regretter de moins en moins ton plantage (providentiel) en bagnole...
Essaye quand même de faire gaffe, la prochaine fois !