Le sergent Bambois (17)

Publié le par Bob Tazar

Rappel de l'épisode précédent

Dès le début de l’après-midi, la 2ième section de la 1ère compagnie dont je fais fièrement partie est conviée dans la cour de la caserne. Pressentant sans doute la suite des évènements, le soleil qui avait fait une timide apparition en début de matinée s’est maintenant foutu aux abonnés absents.
Aux commandes, le sergent Bambois, que nous découvrons à l’occasion. C’est le quatrième chef de la section 2, avec le caporal Roland, le caporal-chef Littré et l’aspirant Boursin que nous avons déjà appris à connaître. Quatre chefs pour nous seuls, nous sommes gâtés !

Bambois est un jeune pubère d’une petite vingtaine damnée, le crâne lisse comme une toundra aride sous le calot. Il nous attend dans cette posture hautement virile qui nous est désormais familière, les mains sur les couilles passées au travers du ceinturon (les mains, pas les couilles), posture qui lui sert tout autant à se vieillir qu’à se rassurer. Il s’adresse à nous d’une voix ferme qui tranche avec son aspect juvénile et son acné du même tonneau.
Il nous révèle qu’après avoir brillamment obtenu son BEPC à dix neuf ans, il s’est engagé dans l’armée pour marcher (au pas) sur les traces de son père, lui-même brillant marcheur. Il a commencé à gravir les échelons pour se retrouver quelques mois plus tard sergent, ce dont il n’est pas peu fier. Mais il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et espère prochainement être promu au rang de sergent-chef, ce que je lui souhaite de tout cœur.

Bon, les présentations étant faites, on va pouvoir passer aux choses sérieuses, le Bambois ayant semble-t-il pas mal de choses à nous communiquer.
Les droits et devoirs des militaires, tout d’abord. Avec ma fâcheuse tendance à l’antimilitarisme primaire, je pensais n’avoir que des devoirs. Et bien, non ! Bambois nous révèle sans rire (et avec ses mots à lui) que nous avons un droit d’expression et que nous sommes libres de nos croyances et de nos opinions. La seule limite est que nous ne devons les exprimer qu’en dehors du service et avec la réserve exigée par notre condition de militaire . Traduction : on peut croire à tout ce que l’on veut, l’important étant de fermer sa gueule.
De même, et là Bambois déchiffre laborieusement la page 14 du RDG, « le respect des règles de subordination écarte l’arbitraire et maintient chacun dans ses droits comme dans ses devoirs ». Ouf !

Nous avons également, et je suis très heureux de l’apprendre, un droit de recours auprès du capitaine de la caserne contre un ordre illégal ou une punition humiliante. Pour cela, il faut en faire la demande auprès du chef de corps qui, après un examen subjectif du caractère manifestement illégal ou humiliant de l’acte incriminé pourra faire suivre au grand ponte.
Une main se lève, avec un petit d’homme dessous.
- Chef, c’est quoi-ce le chef de corps, chef ?
Bambois foudroie le malotru du regard tout en pointant son pouce vers sa propre poitrine puissante.
- C’est ça !
Et il en profite pour ajouter que nous pouvons bien sûr retirer notre demande à tout moment, ce que je complète instantanément en moi-même par « pour éviter les représailles ».

Vient ensuite le chapitre des permissions. Nous apprenons que nous sommes ici pour cinq semaines, ce que nous savions déjà, mais surtout que la première permission n’aura lieu que dans trois semaines. Le coup est rude, j’espérais secrètement être libéré chaque week-end. Putain, vingt jours sans voir le jour…

Les récompenses, maintenant. Très important, çà, les récompenses ! Elles peuvent être attribuées pour un acte exceptionnel de courage ou de dévouement à la collectivité, ainsi qu’en cas d’efficacité exemplaire dans le service. N’étant pas concerné par ce chapitre, j’en profite pour observer deux pigeons paisiblement installés sur une gouttière, au-dessus de nos têtes. A quoi peuvent-ils bien penser en observant nos gesticulations stériles de pauvres humains ? Envient-ils notre belle organisation rigoureuse ? Ont-ils conscience de dominer la situation et d’avoir une vue imprenable à la fois sur la caserne et sur la banlieue nord d’Aix-les-Milles ? Quelle est la probabilité de chance que l’un des deux lâche une fiente sur le calot de Bambois ?

Publié dans Chapitre 5

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Eva 10/04/2007 22:10


Eva, Posté le mardi 10 avril 2007 21:34
Saluuut! ^.^ Bon, ok, ok, tu ne sais absolument pas qui je suis...Raaah, tant pis! Je vais peut être commencer par me présenter, nan? Bon, moi, c'est eva, mais je doute que ça t'avance. Ce qui pourrait, par contre, t'intéresser, c'est que je viens de créer un blog de critiques de "blog-roman". En bref, de blogs dans ton genre crées sans jeu de toutes sortes. Et, la question vient naturellement, j'aime bien ta manière d'écrire, et je voudrais te demander si tu acceptais d'avoir une critique, dans mon pitit bloog! Voilà, tout est dit. Réponds moi, ou par mail, à l'adresse que je t'ai laissée, ou alors, par commentaire sur le blog nouvellement créé : http://roman-songe.blog.jeuxvideo.com/ En espérant recevoir une réponse, Eva X)

Bob Tazar 30/04/2007 20:28

Je vais sur ton site, laisser un commentaire. A tout de suite...

richard 26/03/2007 14:12

Est-ce voulu le jeu de mot sur le sergent ? Ou est-ce vraiment son nom ? Je ne sais pas d’où il sort ce sergent-là de vingt ans fraîchement promu est qui attend son galon de sergent-chef. Une armée ou on prend un galon tous les 2 ans c’est du domaine du miracle. A ce rythme-là il est major au bout de 6 ans de carrière (un record). Vingt jours en caserne ce n’est pas sans voir le jour, la lumière est partout. Pas mal la fiente de pigeon…
 

Bob Tazar 30/04/2007 20:25

Salut Richard,Tout d'abord, un grand merci pour tes commentaires réguliers que je lis toujours avec attention.Au sujet de Bambois, bien sûr que ce n'est pas son vrai nom ! Si je révélais qu'il s'appelle en fait Barthélémy, il serait capable de me poursuivre pour me déscratcher ! A condition qu'il ait, depuis, appris à lire.Au sujet de son avancement trop rapide à ton goût, tu crois peut être que je suis un spécialiste du galon ? Capo, adjudant, sergent... Sans, comme Martin, les confondre avec le capitaine, j'ai quand même du mal à faire la différence...  Et caporal Bambois, c'est de suite moins drôle !