Cheveux courts, idées longues (16)

Publié le par Bob Tazar

Rappel de l'épisode précédent

Sitôt le petit déj’ expédié, nous sommes conviés d’urgence dans un bâtiment annexe, où nous attendent une dizaine de jeunes filles impatientes. But de l’opération : non pas nous remonter le moral (et le petit Paul) comme certains d’entre nous (pas forcément les plus lucides) ont pu un instant l’espérer, mais au contraire nous le foutre définitivement en berne.
Il s’agit  en effet d’élèves-stagiaires en CAP coiffure et développement durable, venues se faire la main et les ciseaux sur 250 bidasses hirsutes et sans défense.

Il faut savoir que le poil ras (et à un degré moindre les relations amoureuses avec une chèvre) ont de tout temps été l’obsession du galonné moyen. Dès le milieu du XIX° siècle le philosophe-général en chef des armées française en outre-mer Mélamoi, qui n’était pas la moitié d’un con, inventait le célèbre axiome « cheveux longs, idées courtes » qui sera repris ensuite par le célèbre courant de pensée dit de Bigeard, qui remplaça cependant les ciseaux par la gégène. Il faut tout de même reconnaître que, si ça n’a jamais fait gagner une guerre, bien dégagé derrière la nuque ça fait quand même plus propre pour brancher les électrodes.

Je me retrouve donc confortablement installé sur un tabouret en bois d’arbre, avec les mèches mouillées qui me gouttent dans le cou et une coiffeuse aussi à l’aise que Littré devant les oeuvres complètes d’Aristophane.
Visiblement, je ne suis pas tombé sur une experte. Elle fait passer sa vieille paire de ciseaux de la main droite à la gauche et vice vers ça, semblant chercher la meilleure prise tout en évaluant, les yeux mi-clos, l’angle d’attaque par lequel elle va m’entreprendre. Grâce au miroir ébréché qui me fait face, je peux apercevoir un caporal surveillant les opérations tout en mimant subtilement l’acte de chair, dans le dos de ma coiffeuse.

- Je dégage bien la nuque et les oreilles ? finit-elle par me demander, à ma grande surprise.
Tiens, je ne savais pas que c’était à la carte.
- heu, enfin, pas trop. Et un peu plus long sur le dessus, s’il te plaît.
Elle s’exécute malhabilement. Quelques clics plus tard, je lui fais signe que, merci bien, je suis très satisfait du travail accompli et qu’elle peut aller massacrer le suivant.
- Mais, c’est que j’ai pas encore fini . Comme ça, c’est trop long…
- C’est mon problème, lui rétorque-je en souriant sèchement.

Profitant de la diversion créée par un caporal encourageant les capillicultrices (« Allez, mes jolies, on s’bouge l’troufignon. On va pas y rester jusqu’à la saint Trouduc ! »), je me lève prestement, remercie la demoiselle pour sa prestation, me dissimule sous mon calot et m’évacue dans le couloir où poireautent d'autres tondus de frais.
En examinant certaines tronches qui comportent les stigmates d'une lutte sauvage et sans merci, laissant par endroits apparaître un crâne rougi aux entournures, je crois pouvoir dire que je m’en tire bien. Un peu de gel pour tenir tout ça, le calot plaqué par dessus et en voiture Simone !

La matinée est maintenant bien entamée. Etant passé parmi les premiers, je dois attendre dans le couloir que toute la troupe en ait fini avec ces exigences bassement esthétiques.
Je m’assois contre le mur gris et m’enferme dans un mutisme de bon aloi. Tiens, je n’ai pas vu l’homme au tricot marin, ce matin.

Publié dans Chapitre 4

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richard 14/03/2007 15:40

Une guerre des boutons plutôt des poils, version humour.... moi aussi j'ai eu le droit à ma coupe au bol par des jeunes filles....