A la soupe ! (15)

Publié le par Bob Tazar

Rappel de l'épisode précédent


Bon, c’est vrai que cette première séance n’a pas été franchement une réussite. Entre les aviateurs empressés et les mal coordonnés, les durs de la feuille et les durs à cuire, les congelés et les morts de faim, les dyslexiques et les complètement abrutis, les petits gros et les grands cons, les non latéralisés et les réfractaires, c’est même un sacré désordre. Quant à moi, peu enthousiasmé par ces nobles exercices matinaux, je me suis contenté du strict minimum syndical, à savoir poser mollement les mains sur les cuisses en me redressant distraitement tout en baillant pour simuler le « vous » d’un air pénétré digne d'une danseuse étoile constipée.

Bien entendu, le chef Littré et ses quatre collègues ne sont pas contents. Il nous le font savoir à leur manière, c’est à dire en beuglant aux quatre vents et en poursuivant l’exercice au delà du raisonnable, pendant plus d’une demi-heure. Ça vous apprendra à vivre, bande de nœuds, ont-ils même cru bon d’ajouter.

La fin de l’exercice est marquée par l’établissement d’un classement d’une importance capitale puisqu’il détermine l’ordre de passage au réfectoire. L’armée étant l’école de la vie, c’est grâce au célèbre critère militaire du mérite subjectif que sera établi ce classement.
- Bien, la une ! V’s êtes en progrès. Mais vous pouvez faire meilleur. La trois, au réf’ !
- Ah, oui, la une ! Bon, très bon, ça ! Z’y êtes presque. La cinq, foutez-moi le camp au réf’ !
- La quat’e, vous v’foutez d’not’gueule, ou quoi t’est-c’que ? Z’allez rester encore un moment, ’va vous apprendre à gueuler, nous. La une, à la bouffe !
- La deux, j’en vois qu’y z’ont pas faim et qui veulent continuer à faire un peu d’l’exercice ? C’est d’ac’ ! La quatre, dégagez la vache du plancher, j’veux p’us vous voir !
- Alors, la deux, t’jours pas faim ? Vous faisez moins les rigolos, hein ? Allez, encore une petite série de dix, ça va vous ouvrir l’appétit.

Et c’est ainsi qu’il est 8h30 bien sonné lorsque je fais mon entrée dans ce fameux réfectoire. Le soleil est maintenant levé depuis longtemps, dardant de ces rayons bienfaiteurs la cour de la caserne et illuminant ma première journée d’aviateur émancipé.

Publié dans Chapitre 4

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richard 22/02/2007 18:47

Les joies de l’entrainement avant d’aller se restaurer au mess des aviateurs du rang. Notre groupe faisait 10 tours de place d’armes en courant pour nous mettre en appétit. Super quand le levé s’est fait peut de temps avant avec une toilette ultra-rapide. Ensuite l’exercice dans le froid car c’était en décembre dans le nord-est de la France. En pleine zone FATAC comme ils se plaisaient à le dire à l’époque. Allégresse hippique de la récompense du mess….