Ma Guerre

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Action, réactions

Le roman de MG

Bienvenue à la B.A. 114 d'Aix-les-Milles.

Bob Tazar a vécu l'époque héroïque et bénie non pas des colonies mais du service militaire, dans des temps pas si lointains (1988) où nos casernes résonnaient encore de chants patriotiques à boire entonnés par de jeunes et fiers conscrits. Il a voulu faire partager son expérience aux jeunes générations qui n’ont pas eu et n’auront pas sa chance.
C’est ce témoignage nostalgique sur une époque glorieuse maintenant révolue qu’il nous livre ici, sous forme d'un extrait de son roman diffusé sur ce blog (la version complète et définitive de "Ma Guerre" étant réservée à l'édition papier, dès qu'un éditeur aura contacté l'auteur...).

Attention ! Comme dans tous les blogs, le premier article visible est le dernier publié. Il faudra donc commencer par la fin pour avoir le début. Que les handicapés du cortex et les militaires de carrière veuillent bien m'en excuser.

Une dernière chose: L'inscription à la Newsletter (avec option "Nouvel article") est bien sûr facultative, mais fortement recommandée. Corvée de chiottes pour tous ceux qui s'en dispenserait...

Rappel chapitre précédent

Soudain, un fracas de porte défoncée à l’aide d’un instrument contondant, vraisemblablement un pied recouvert d’une rangers et actionné par l’intermédiaire d’un ersatz de cerveau, retenti au bout du couloir. L’appel vient de commencer.
Je jette un coup d’œil au gars Martin, l’un des huit aviateurs de la 210, élu une heure plus tôt chef de chambrée par six voix contre une (la sienne) et une abstention. Il n’a pas l’air dans son assiette.
Cinq minutes plus tard, un autre fracas de porte, plus près de nous cette fois-ci, ébranle le vieux bâtiment. Ils se rapprochent, dirait-on. Plus que quelques minutes d’attente. Des hurlements nous parviennent, rendus inintelligibles non par l’épaisseur des murs mais par la diction approximative de leurs auteurs.
Martin bredouille quelques paroles dans son duvet, son texte ou sa prière, je ne discerne pas bien. Il semble de plus en plus pâle.
Le bruit de bottes reprend, puis stoppe derrière notre porte. Quelques secondes de répit, et une déflagration incroyable en provoque l’ouverture.
Littré apparaît, suivi d’un individu non encore répertorié. Ils font quelques pas en avant, et s’immobilisent au milieu de la pièce. Machinalement, je jette un œil sur les épaulettes du second individu, et note qu’il s’agit d’un caporal. Ça y est, je suis déjà conditionné !
Chacun d’entre nous se trouve au pied de son lit, plus ou moins dans la position du garde à vous, les yeux fixés droit devant, sur le mur d’en face distant de même pas deux mètres. Nous retenons notre souffle, et attendons la tirade du camarade Martin.
Cette dernière tarde un peu à venir, et je sens que le caporal-chef Littré commence –déjà- à marquer de légers signes d’impatience. De ma position, je ne peux voir Martin sans tourner la tête, mais me rends compte que le Littré, presque en face de moi, agite nerveusement son oreille droite à l’aide du battoir boudiné qui lui sert de main, ce qui ne doit pas être bon signe.
Mais Martin ne parle toujours pas. N’y tenant plus, je prends le risque de me tourner vers lui...


Dimanche 14 janvier 2007
- Par Bob Tazar - Publié dans : Chapitre 3 - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
20h, nous sommes de nouveau en chambre. Quelques minutes pour faire mon lit, et je m’y étends en attendant l’arrivée des guignols du soir. Je suis toujours aussi peu loquace, en fait assez éprouvé nerveusement par cette journée. Et dire que ce n’est que le début…
Pour tromper l’attente, à défaut de la vigilance de mes garde-chiourmes, je feuillette machinalement le fameux RDG (Règlement de discipline générale des armées), la bible du militaire, du moins de celui qui sait lire.

Sur la page de garde apparaît un emplacement à compléter réservé à la personnalisation du fascicule, comme sur un cahier d’écolier : armée, région, division ou légion, régiment ou base, nom du président de la raie publique, du ministre de la défense, du chef d’état-major, suivi de nos propres nom et prénom. Pour rendre la chose plus compréhensible, une illustration signée Piem (celui du mythique Petit rapporteur) représente un bidasse attentif aux explications de madame Marianne. Celle ci est coiffée de son célèbre bonnet frigide et pointe un long bâton sur la case « nom » tout en signifiant au bidasse complètement abruti, au moyen d’une bulle de dix centimètres de diamètre, qu’ « ici c’est vous ».


Un peu plus loin, et sur une pleine page, le même Piem (qui est donc passé de la pêche aux moules au statut de dessinateur officiel des armées, il faut bien vivre) a représenté un militaire en tenue complète, avec treillis et casque lourd mais à la mine bonhomme et rassurante, portant dans ses grands bras musclés la même bonne femme phrygienne pour lui faire traverser la rue.
Encore plus loin, le bon militaire met son corps viril en opposition entre la Marianne et un chien galeux aux crocs menaçants, sûrement un peu communiste sur les bords. Sans négliger un furtif attouchement mammaire toujours bon à prendre, pour prix de sa protection.















Trop ému pour continuer, je laisse choir le précieux manuel au sol et m’abandonne dans la contemplation des traces d’humidité qui mouchettent le plafond.

Vendredi 12 janvier 2007
- Par Bob Tazar - Publié dans : Chapitre 3 - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire


L’aspirant chef Boursin nous informe alors qu’une inspection des chambrées, « l’appel », se déroule tous les soirs, entre 20h30 et 22h, heure de l’extinction obligatoire des feux. Cet appel est destiné à s’assurer principalement que la chambre est convenablement rangée, que le ménage et les lits sont faits selon les règles en vigueur au dessus du 22° parallèle, et qu’aucun aviateur ne s’est fait la malle pour se faire réconforter le missile à tête chercheuse chez madame Lulu, 13 rue du cours Julien, 13200 Marseille (CB acceptée à partir de cinq cents francs).

Un chef de chambre devra, de plus, présenter la chambrée selon un rituel très pointu, comme suit :

- Aviateur X, chef de la chambre 210, 1ère compagnie, 2ième section, nombre d’aviateurs au total, nombre d’aviateurs présents, nombre d’aviateurs absents, à vos ordre…

A ce stade de la présentation, c’est le grade de l’officier présent le plus élevé dans la hiérarchie qui doit être annoncé.

 

L’aspirant nous distribue alors à chacun un superbe fascicule en papier glacé au format demi-A4 (payé avec les impôts de nos parents), superbement intitulé « Règlement de discipline générale dans les armées », en mettant spécialement l’accent et son gros doigt boudiné sur la page 24, celle contenant tous les grades en vigueur dans l’armée de l’air accompagnés de leur photo couleur.

- Y faudra m’apprendre ça par cœur pour ce soir, pour la première inspection des chambrées.

Le ton est doucereux, ce qui ne laisse rien présager de bon. Sur ces mots, les deux olibrius décident de quitter la pièce, non sans avoir réclamé le garde à vous d’au revoir dû à leur rang.

- GÂÂÂRD’…VOUS !

Ça claque dans un bel ensemble. Ils se retirent satisfaits, une petite tâche à l’entrejambe.
Samedi 6 janvier 2007
- Par Bob Tazar - Publié dans : Chapitre 2 - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
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